Ce qui reste de Romain

À dix-huit ans, Romain fuit Le Mans après avoir révélé son homosexualité. Sans ressources, il trouve refuge à Paris chez un homme plus âgé, qui impose sa domination en échange d’un toit. Entre soumission, dépendance et survie, Romain tente de préserver ce qui reste de lui.

À dix-huit ans, Romain pensait que tout irait mieux une fois la vérité dite. Juste après le bac, il annonce à sa famille qu’il est homosexuel. Sa mère et son frère l’acceptent avec pudeur, mais sans heurts. Son père, lui, se replie dans une froideur silencieuse. Pas d’insultes. Pas de gestes. Mais un rejet plus sournois : celui du regard qui s’éteint, des silences qui s’épaississent.

Alors, quelques semaines plus tard, Romain part. Il quitte Le Mans sans bruit, sans bagage, sans argent.

Depuis quelque temps déjà, il échangeait en ligne avec un homme de 38 ans. Des discussions nocturnes, des mots qui semblaient rassurants, des promesses d’un toit à Paris. Quand il arrive, l’homme se montre d’emblée clair : l’hébergement est conditionné à des services sexuels. Romain n’a pas d’alternative. Il accepte.

Commence alors une vie faite de soumission, d’humiliations codifiées, de dépendance. L’homme se veut « maître », Romain n’est plus qu’un « soumis », un corps à disposition, en échange d’un lit.

Un an passe. Romain réussit à s’inscrire en licence de lettres, avec un an de retard. Il a quitté le lit de l’homme, mais pas son emprise. Il vit désormais dans une chambre sous les toits, qu’il lui loue. Le loyer est dérisoire — parce qu’il continue de payer autrement. L’homme frappe à sa porte, à sa guise. Il exige. Romain cède. Toujours. Il n’a pas d’autre choix.